L’Amérique Centrale a été dévastée par le passage des ouragans ETA y IOTA. Jamais dans l’histoire ne s’était produit un tel fait, absolument improbable : deux ouragans de la plus haute intensité – IOTA étant le plus intense de l’année 2020 – qui frappent la Côte des Caraïbes le même mois, à peine à deux semaines d’écart.

Les conséquences immédiatement observables sont l’accroissement de l’insécurité alimentaire, la perte d’infrastructures, des villages totalement enterrés sous les coulées de boue et l’augmentation de la contagion de Covid-19. Nous constatons que le manque d’accès pour les sinistrés aux services appropriés, aux mesures d’hygiène et de prévention, est un catalyseur de la contagion, et que les manifestations de violence, de violence de genre, de séparation des familles dans les lieux d’accueil, sont liées à une hausse préoccupante de la pauvreté et des inégalités. Les pays les plus durement frappés par le passage des ouragans sont le Honduras, le Nicaragua et le Guatemala, avec plus de 200 morts et des milliers d’hectares de productions agricoles dévastés. Le Costa Rica, le Salvador et Panama ont aussi été affectés, à moindre échelle.

Dans le contexte mondial actuel, ce sera impossible pour les pays à revenu moyen d’Amérique Latine (dont plusieurs d’entre eux de revenu moyen à bas) de sortir de cette crise multiple dans les conditions actuelles, particulièrement ceux d’Amérique Centrale, caractérisés par des profondes vulnérabilités économiques, sociales et naturelles. Certains des pays de cette région dépensent moins de 5% de leur PIB pour la santé ; ils ont moins d’un lit d’hôpital pour 1000 habitants, et les taux les plus bas pour les lits en soins intensifs ; plus de 50% de leur population vit dans la pauvreté ; le niveau de leur dette extérieure varie entre 45% et 75% ; et deux de leurs principales sources de revenus sont pratiquement réduites à néant : le tourisme et les envois de fonds.

En tant que société civile, nous estimons que les initiatives de la communauté internationale pour une aide à la reconstruction sont insuffisantes. Nous exprimons notre préoccupation devant la situation critique que connaît la région. Les critères de la communauté internationale, exclusivement liés à la dette extérieure du secteur public, doivent aller au-delà de l’indicateur de PIB per capita et prendre en compte d’autres formes de vulnérabilité des pays au moment d’envisager le financement.

Pour toutes les raisons énoncées, nous considérons que l’Initiative de Suspension du Service de la Dette du G20 (DSSI selon son sigle en anglais) ne répond pas aux nécessités de l’Amérique Centrale. Et de plus, son orientation ne fait que différer le problème fiscal actuel et augmentera le poids du service de la dette lors des prochaines années. Si la seule option qui s’offre est subordonnée aux indicateurs du PIB et à un ajournement du problème de la dette, il n’y aura pas d’issue possible pour ces pays.

Face à ce contexte régional, pour les pays d’Amérique Centrale qui ont été touchés récemment, nous attendons de la communauté internationale :

Un moratoire sur la dette extérieure qui inclue tous les créanciers (multilatéraux, bilatéraux et privés) et qui permette d’avancer vers un processus de restructuration de la dette ;
La création et l’intégration à un Groupe Consultatif semblable à celui créé à la suite du passage de l’ouragan Mitch en 1998, mais avec la présence de représentants des organisations de peuples originaires, de femmes, d’organisations sociales et communautaires, afin de répondre aux besoins urgents et à la reconstruction des zones affectées ;
Que l’affectation des ressources dégagées et des nouveaux flux soient liés au respect d’un agenda social partant des besoins de la population face à la crise, accompagné de mécanismes de contrôle de l’utilisation de ces ressources.

En tant que Société Civile organisée, nous considérons que ces demandes constituent le minimum nécessaire pour une reconstruction rapide, efficiente et participative, à la suite des désastres naturels qui ont aggravé la vulnérabilité préexistante de l’Amérique Centrale ; et qu’elles font partie d’un processus de changements systémiques nécessaires à la sortie de crise.